L’optique dans le néo-impressionnisme

 

L’impressionnisme et l’héritage moderniste:

Alors que les impressionnistes tels que Monet ou Caillebotte récupèrent un certain modernisme issu de la fin du XIXe siècle, ils adaptent leur facture aux questions d’optique. En effet, le réalisme avait favorisé le début de l’impressionnisme en regardant attentivement les effets atmosphériques et autres moyens représenter les perceptions.  Mettant ainsi en exergue le rapport entre les sciences physiques et psychologiques autour de la division de la touche. Ces sont des artistes qui vont regarder les vrais sujets contemporains. Ils ne sont pas simplement « modernes » mais ils le sont parce qu’il intègrent dans leur technique: ils adoptent cette touche en lien avec l’interprétation physique et technique. L’impressionnisme s’insère dans un  renouvellement de l’image.

Claude Monet, Impression soleil levant.

Claude Monet, Impression soleil levant.

L’impressionnisme va prendre une part active dans la perception du réel. Des contrastes qui vont traiter de la fluidité du réel, il va devenir de plus en plus animé. Il va être quelque chose de la vibration pure. C’est l’oeil qui va reconstituer cela par le mouvement et la couleur accompagnés de la lumière. C’est l’entre deux entre l’oeuvre et le réel qui prend vie. On appelle cela « les Terres ».

L’enjeu est de représenter la perception avec un oeil, il va donc y a voir des jeux d’interférences. Le milieu va nous séparer de l’objet et l’oeuvre va en rendre compte. La peinture est quelque chose qui gèle et on veut produire de la luminosité.

Le terme d’ « impressionnisme »:

L’exposition lors de la coopérative d’artistes anonymes dans l’atelier du photographe Nadar en 1874 est marquée par la suite par le critique Louis Leroy du journal Charivari va parler de ce tableau: « Ils sont impressionnistes dans le sens qu’ils rendent la sensation du paysage ». C’est l’invention du terme de  » Impressionniste ». La dissolution du paysage avec les couleurs fait en sorte que les éléments se mélangent. Il s’agit d’un paysage qui n’est plus qu’une impression lumineuse.

L’impressionnisme a une volonté de transcription d’un monde lumineux:

C’est cette différence entre la réalité naturelle et cette représentation de la lumière sur la toile que les artistes vont vouloir orchestrer: comment réaliser cela avec la couleur. C’est l’origine de la division de la touche. Pour comprendre cela il faut revenir sur l’aspect scientifique.  Les artistes sont obsédés par la vibration de la lumière.

La théorie de Yang sur la vibration de la lumière:

On pense que la lumière est un faisceau de molécules qui vont venir frotter l’oeil. Mais Yang dit que la lumière sont plutôt des ondes qui traverse l’espace. On va être sur une fréquence et les artistes vont vouloir représenter cet aspect vibratoire. Ca va alors dans le sens de la dématérialisation. Le côté vibratoire et dématérialisant du champs du visible. On va s’intéresser au milieu dans lequel ces ondes en propagent. On va s’interroger à travers des traités et des expériences. 

Le traité des couleurs de Goethe: 

Goethe a fait de nombreuses expériences. Notamment avec un   instrument de diffraction de la lumière. C’est parce qu’il est plus dense que l’air que le faisceau se diffracte. Il est obsédé par le temps. Il note alors des contrastes témoignant des frottements entre l’obscurité et la lumière. Il y a de la couleur et c’est à partir de ce moment là que l’on va former la forme. On constate que l’oeil va s’accaparer d’informations rapidement.  

La rétine est constituée de pleins de petits nerfs. Il y a différents types de captures de l’information. On va définir les cônes ( sensible à la couleur: 6 millions ) et les bâtonnets ( intensité lumineuse: 100 millions ). La couleur est au centre. Il faut comprendre la découverte progressive par ces scientifiques de tout l’impressionnisme. Il va falloir jouer sur des effets de contrastes. L’oeil est construit sur des systèmes de synthèse de l’information« la notion de contraste simultanée ».

D’après Goethe, il y a la couleur physique mais il y a aussi la couleur physiologique, c’est la couleur que l’oeil perçoit. La perception optique est relative car elle dépend de son contexte ambiant. C’est le fait d’inscrire les couleurs côte à côte que l’on voit d’un façon ou d’une autre. La vision du noir va influer su la vision du rouge. Le rouge va s’intensifier et non se noircir.

Les expériences de Turner:

Les expériences de Turner dans ses dessins à l’aquarelle montrant des boules avec de l’eau met en lumière le jeu sur la densité des matières d’où la densité du prisme. On va ainsi diviser les couleurs. C’est l’élémentarisation des couleurs. On va diviser le spectre dans des principes de couleurs. On va obtenir des couleurs complémentaires des trois couleurs primaires.

La relativité de la vision:

La lumière doit être associée avec un nouveau régime de vision, c’est un changement. L’oeil change. Jonathan Crary dans son ouvrage L’art de l’observateur dit qu’il y a une grande opération qui s’opère alors que la vision ancienne était sur le modèle de la Caméra obscura. On a le réel et l’oeil. L’image vient se refléter sur la rétine. La camera obscura serait comme la perception mécanique de l’oeil. Le réel vient s’imprimer dans l’oeil.

Descartes disait que « La vision que l’on se fait, c’est une chose totalement neutre. » Mais au XIXe siècle, il nous dit que l’oeil va changer et être actif. Le spectateur qui était passif va devenir actif. L’oeil va avoir une activité très forte dans la perception. Le réel est entièrement ré-ingurgité par le sujet qui est un acteur de la perception

La théorie de Michel Eugène Chevreuil:

En partant de la théorie issue de Goethe, il va développer la théorie des contrastes simultanées. C’est à dire que si on veut rendre lumineux le bleu, il va falloir le mettre en contact avec sa couleur complémentaire. Cet assemblage ou combinaison a pour but d’intensifier. C’est à partir de ces théories que l’on va représenter les vibrations de la lumières. elle est tributaire des lois optiques de la lumière. De plus l’oeil a un appétit pour les couleurs complémentaires. Les détails vont dans ce sens.

 

Monet, La rue Mont-orgueil.

Monet, La rue Mont-orgueil.

 

On prend le prétexte du drapeau tricolore pour jouer sur les couleurs primaires. On va voir cette division de la touche. Elle s’inscrit dans une révolution du regard, notamment par des sujets plus modernes. Le thème de la modernité va coïncider avec la thématique du voir. C’est la vision elle même qui sera le thème central. Tout tourne autour de la question des paramètres de la vision.

La phase Néo-impressionniste:

Le néo-impressionnisme est la période post-impressionniste. Ces derniers viennent s’opposer à la question de l’instantanéité que les impressionnistes prônaient grâce à l’introduction de la peinture sur motif avec l’invention des tubes de couleurs qui les libèrent de leurs contraintes pratiques. Avec la technique du Néo-impressionnisme. La technique en petit point a peut-être beaucoup à voir avec la reproduction mécanique des images. Les images sont des pixels. C’est une technique qui joue et surjoue le rapport avec la mécanicité de l’imageCe n’est pas tellement le sujet qui est moderne c’est la technique.

 Incarnée par deux grands peintres: Seurat et Signac. C’est une volonté de diluer l’impressionnisme. On veut rappeler le motif. cette deuxième génération va reprocher que dans cette captation du moment l’intensité lumineuse va dissoudre l’objet.

Seurat, La baignade à Asnière, 1883.

Seurat, La baignade à Asnière, 1883.

 

Il vont vouloir rétablir le sujet. Il est typique de ce passage entre impressionnisme et néo-impressionnisme. Sujet de plein air et contexte d’obstruction. On constate un traitement particulier de la forme avec des personnages presque hiératiques presque comme des sculptures. Le système du dessin est revenu en forme. On veut avec la couleur réintroduire le dessin. On obtient cette forme avec une touche dite en pointillé.

Seurat, Dimanche à la grande jatte.

Seurat, Dimanche à la grande jatte.

On remarque un système de silhouettage. Elle sont inscrites dans le gel de l’action. On revient sur ce qui semble être le mensonge de l’impressionnisme. On souhaite revenir à une forme. Il vont alors adopter la technique du petit point.

Seurat, Modèle dans l'atelier.

Seurat, Modèle dans l’atelier.

 

On ne peint pas en plein air, on s’oppose à l’impressionnisme. Ce qui est en jeu dans le point c’est de faire appel à cette optique des couleurs. Les premiers artistes le respecte moins. Les couleurs ne sont plus pure sur la toile. Pour les néo-impressionnismes, il ne faut surtout pas mélanger. On juxtapose les points et on utilise plusieurs pinceaux. L’impressionnisme avec latouche virgule fait paraître l’empreinte et la touche de l’artiste, son côté gestuel est évincé. Il y a une sorte de distanciation qui est opéré. On segmente l’aspect mécanique du néo-impressionnisme et on supprime la facture pâteuse. La touche supprime l’effet de brouillage, on rétablit l’image.

Pour comprendre cela, il va falloir revenir à l’optique car ce passage de la virgule au point vient de l’optique. Le « mélange additif » des couleurs lumières opposé au mélange soustractif des couleurs matières qui est celui du peintre. Les résultats sont donc différents.

Les Néo-impressionnismes vont prendre cette toute autre interprétation en divisant très clairement les couleurs et en ne les mélangeant pas, ils vont vouloir faire de la ségrégation des couleurs et vont vouloir privilégier les couleurs. Les couleurs des néo-impressionnistes sont des couleurs lumières. Ils sont obsédés par cette question de produire de l’image très lumineuse. Il vont vers le contraste des couleurs lumières et non plus vers les couleurs matières.

Signac ira même jusqu’à dire: « Je ne veux pas mélanger la couleur sinon ça fait de la merde ».

Charles Henry et son système de valorisation harmonique entre les ordres:

Charles Henry avait développé tout un système de valorisation harmonique entre les ordres. Il reprend des yeux. Son tableau nous dit qu’une simple inflexion géométrique nous donne immédiatement des connotations psychologiques. On a la volonté d’enrichir la vision. Il y a un rapprochement avec l’image mécanique.

Le Néo-impressionnisme va connaitre deux temps:

– Pointillisme

– Divisionnisme

Les petits points ont un problème c’est que la grisaille va souvent l’emporter et la luminosité va s’estomper. Signac va comprendre cet obstacle du pointillisme. Plus le tableau sera grand, plus il faudra élargir le point. Après le pointillisme, il y a aura le divisionnisme. Le petit point devient un petit pavé telle une mosaïque. Le chatoiement des couleurs séparées va se caractériser par un éloignement de la touche.

Signac, Vue de Saint Tropez.

Signac, Vue de Saint Tropez.

 

Le néo-impressionisme ouvrira une perception nouvelle de l’esthétique et du traitement de la facture comme avec le tremplin du Fauvisme où la touche devient très ample.

Que faisons nous ?

Notre sujet met exergue de quelle façon les théoriciens ont pu influencer par leur science de l’optique sur la lumière et la couleur les artistes pointillistes et divisionnistes. Ainsi, nous nous pencherons sur les théories à l’origine de cette facture néo-impressionniste qui met en avant non pas ce que l’oeil voit mais comment l’oeil voit. En outre, nous cherchons à vous montrer les artistes néo-impressionnistes souvent peu connus ainsi que tous les acteurs influents de cette réflexion sur la couleur. Le choix de ce sujet n’est pas anodin dans la mesure où les arts d’avant-garde seront fortement influencé par les travaux théoriques mis en avant dans le néo-impressionnisme. Ils continueront notamment à développer cet aspect de l’optique. 

Nous vous proposons une série d’articles classés selon les axes de notre sujet qui vous mettent sur les pistes d’information sur la question de l’optique au sein du néo-impressionnisme. Peut-être trouverez vous plus facilement ce que vous cherchiez et que vos recherchent pour la suite deviendront plus évidentes.

Nous mettons à votre disposition notre Flickr où vous pourrez trouver tous les images présentes dans le diaporama accompagnée de leur informations. De plus, vous pouvez bénéficier de notre Delicious dans lequel nous avons « stoker » la plupart de nos liens. En espérant que nos recherches pourront nourrir les vôtres ainsi que votre intérêt pour les digital humanities. 

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